14.04.2021

Thomas Lutgen, archéologue industriel, nous fait revivre le passé du site Rout Lëns.

Bientôt, des bâtiments abandonnés de l’ancien site sidérurgique situé au sud-ouest d’Esch-sur-Alzette naîtra un quartier durable, innovant et résilient où il fera bon vivre.

Pas question pour autant d’oublier l’histoire de ce lieu unique qui a participé à la prospérité du Grand-Duché de Luxembourg. En mémoire aux milliers de travailleurs qui s’y sont succédé, il est important de continuer à comprendre et honorer ce riche passé.

C’est pourquoi, nous vous emmenons le visiter avec monsieur Thomas Lutgen, archéologue industriel.  

 

Le travail de l’archéologue industriel

Comme nous le rappelle, monsieur Lutgen, la mission de l’archéologue industriel est de retracer l’histoire du site et les différentes phases de son évolution. En comparant avec d’autres sites sidérurgiques similaires, il peut aussi en dégager les particularités et l’inscrire dans l’époque. 

Pour faire son travail, l’archéologue industriel étudie chaque bâtiment en se basant sur plusieurs sources. Il analyse les archives telles que les plans, les documents écrits et les photos. En parallèle, il observe sur place les bâtiments et machines restants.  

En regardant les matériaux de construction et les outils encore en place, les différentes phases d’évolution du site se précisent. Petit à petit, les dates de construction des bâtiments industriels peuvent être validées.

Par exemple, les briques nous en apprennent beaucoup ! 

Sur les photos et sur le site lui-même, on remarque que les dimensions des briques et leurs couleurs diffèrent d’un bâtiment à l’autre. Lorsqu’on y regarde de plus près, on peut également voir que les mortiers utilisés ainsi que les techniques de pose varient.

Toutes ces indications permettent à l’archéologue industriel de dater précisément les constructions.

 

Observons la halle de coulée 

Sur la façade de la halle de coulée qui faisait partie des hauts fourneaux, on peut voir la trace de trois ouvertures. On constate clairement qu’il s’agit d’anciennes fenêtres qui ont été murées lors de la construction du bâtiment du magasin TT. 

On y observe 2 types de briques très différentes. Les premières, qui recouvrent la majorité de la façade, sont de petite dimension. Elles sont visiblement fabriquées de manière individuelle. On estime qu’elles datent de 1870. Les secondes briques sont plus grandes et normées. Ce sont elles qui ont été utilisées pour boucher les fenêtres. Elles datent des années 1900-1904. L’observation de ces briques et leur localisation démontrent que la halle de coulée est un des bâtiments les plus anciens du site. 

 

Les panneaux électriques de la halle des turbines

Outre l’observation des matériaux, monsieur Lutgen nous entraîne dans la centrale électrique qui jouxte la halle des turbines. C’est à cet endroit, dans la « Brasseurs Schmelz » qu’a eu lieu une des premières électrifications du pays. 

En effet, en ville, les premiers câbles électriques ont été posés plus tard, vers 1900. Sur le site industriel eschois, de l’électricité était déjà produite et consommée puisqu’on peut lire sur le panneau d’époque « courant continu 120 volts ». En comparaison, l’usine de Belval, construite en 1910, était, quant à elle, alimentée avec du courant alternatif.

 

Rout Lëns : un site industriel moderne

Fort de ces observations et, particulièrement, des traces de la présence précoce d’électricité, Monsieur Lutgen considère le site Rout Lëns comme un site industriel très moderne pour l’époque. 

Il ajoute : « le Grand-Duché de Luxembourg a profondément changé avec l’industrialisation qui s’est faite en ce lieu. On y reconnaît clairement les premiers travaux d’électrification du pays. Les mutations et évolutions profondes du Luxembourg à cette époque y sont visibles et tangibles. »

Aujourd’hui, une nouvelle page de ce lieu gorgé d’histoire est en train de s’écrire. Notre souhait n’est pas d’oublier le passé mais de le transcender. 

 

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