25.12.2020

Q/R du livestreaming de la présentation du masterplan Rout Lëns

Samedi 14 novembre 2020, l’aménageur IKO Real Estate, accompagné du bureau d’urbanisme Robert et Reichen & Associés, ont présenté le masterplan du nouveau quartier Rout Lëns en livestream.

Découvrez le compte-rendu des Questions/Réponses.

Cette présentation est aussi disponible en replay sur la page Youtube.

Quel est le degré de pollution du site ? Est-ce que celui-ci va être dépollué conformément aux lois de protection de l’environnement ?

Réponse de Sandra HUBER, IKO Real Estate 

“Nous sommes aujourd’hui dans une phase d’assainissement du site. On est sur une ancienne friche industrielle qui a été exploitée par l’Arbed et sur laquelle on retrouve des hydrocarbures, des métaux lourds. Le premier objectif de l’assainissement est de rendre le site compatible avec son futur usage et donc conformément à la réglementation luxembourgeoise, on va rendre le site compatible avec un usage de logements, le rendre quelque part à nouveau vivable, pour un nouveau quartier durable.”

Est-ce qu’il y aura des logements à prix abordables ?

Réponse de Sandra HUBER, IKO Real Estate

“On s’engage à réaliser un minimum de 10 % de logements à coût modéré et on engage des discussions avec notre partenaire, la Ville d’Esch afin de voir si on augmente ou pas ce pourcentage.
Ce n’est pas la seule solution pour répondre à la crise du logement au Luxembourg. Sur le projet on a beaucoup travaillé la notion de mixité de produits afin de pouvoir suivre l’ensemble du parcours résidentiel que les gens vont rencontrer dans leur vie. C’est-à-dire qu’on a une mixité programmatique qui permet d’y répondre. Si vous êtes étudiant, il y a une résidence étudiant, vous avez votre premier job vous avez la possibilité de louer un appartement puisqu’on va aussi développer une offre en built to rent sur ce projet en particulier, vous avez un petit peu plus de moyens vous avez la possibilité d’acheter un appartement. Donc il y effectivement logement à coût modéré, mais ça passe par une diversité des tailles de logements telles qu’on va les proposer et puis ce parcours jusqu’aux résidences pour personnes âgées. Il y a l’ensemble de ce parcours résidentiel dont on tient compte et puis aussi la diversité de produits même au sein du logement. On a parlé d’un projet stratifié. On a des strates qui vont depuis des appartements qui vont être en rez-de-chaussée, qui vont être certes dans du logement collectif, mais qui vont avoir des valeurs d’individuel, ça veut dire une entrée individualisée, ça veut dire un jardin. On va avoir des logements dans les étages qui eux vont permettre d’avoir plutôt une vie dans les « arbres », et puis ensuite, on a les hauteurs qui permettent de dégager la vue et d’intégrer le grand paysage. Donc la réponse que l’on fait sur cette problématique du logement, c’est une offre particulièrement diversifiée et qui permet de répondre aux besoins de tous.”   

Vous déclarez vouloir respecter l’histoire du site et les bâtiments industriels existants comme ADN des lieux. Pouvez-vous alors nous expliquer pourquoi vous avez détruit les Keeseminnen, monument industriel de valeur nationale et internationale et structure la plus marquante du site de l’ancienne usine de Terre Rouge ?

Réponse de Bernard ReichenReichen Robert & Associés

“D’abord je n’ai pas détruit les Keeseminnen et ensuite ce bâtiment est un bâtiment béton extrêmement compliqué à réutiliser et dans l’analyse qui a été faite en terme historique, on a privilégié, par rapport au projet futur, le maintien des portiques qui devaient être détruits aussi avec la halle qui se trouve au-dessus, pour pouvoir en faire un élément qui soit associé au projet. Je dois dire aussi que cette histoire du patrimoine local a commencé il y a 40 ans. d’abord, je n’ai pas détruit les Keeseminnen et ensuite ce bâtiment est un bâtiment béton extrêmement compliqué à réutiliser et dans l’analyse qui a été faite en terme historique, on a privilégié, par rapport au projet futur, le maintien des portiques qui devaient être détruits aussi avec la halle qui se trouve au-dessus, pour pouvoir en faire un élément qui soit associé au projet. On a laissé des bâtiments qui étaient des bâtiments symboles. Il y avait 2 types de bâtiment : ce bâtiment en béton et toutes les halles métalliques. Le parti-pris urbain, pas le parti-pris patrimonial, c’est un parti pris de travailler pour les générations futures, c’est-à-dire de se dire que les bâtiments qu’on a conservés et qu’on va relier entre eux, sont des bâtiments qui vont tous trouver un usage au profit non pas des derniers ouvriers de l’usine mais de leurs petits-enfants. C’est-à-dire qu’on travaille à 2 générations de distance, sur la question du patrimoine vivant et sur la question du patrimoine approprié. C’est un parti-pris qui est différent d’un parti pris de préservation mémorielle, et nous avons travaillé sur Uckange sur la question de la préservation du haut fourneau U4. Il y a le travail qui a été fait évidemment à Belval, qui est un travail exemplaire, il y a le travail de Völklinger dans la Sarre ou de Zollverein dans la Ruhr qui sont des bâtiments classés au patrimoine mondial sur la thématique du patrimoine en mouvement, je crois qu’il faut restituer cette question à une échelle plus large de préservation de site, de préservation de bâtiments, et d’insertion de ces bâtiments dans une nouvelle problématique de développement.”

Dans les images du projet de nouveau quartier présentées jusqu’à présent, la tour qui est prévue en face de la rue Barbourg (et que vous banalisez en l’appelant « réponse à la tour de Belval ») n’a jamais été montrée et pour cause : ce gratte-ciel détruit le caractère du quartier voisin et aura un impact très négatif sur la qualité de vie de ses habitants. Comment justifiez-vous cela ? Quelle autre explication pour ce gratte-ciel si ce n’est que pour vendre le plus grand nombre de mètres carrés possible ?

Réponse de Bernard ReichenReichen Robert & Associés

“Ce n’est évidemment pas l’objectif et ce n’est évidemment pas le cas. On travaille sur les distances, on travaille sur la skyline, on travaille sur un dispositif urbain global, et pour moi la densité elle-même, ce n’est pas nous qui l’avons fixée, c’est une densité raisonnable qui fait partie du PAP, c’est une densité urbaine classique, mais la densité ne dit pas la façon de la mettre en œuvre. Nous pensons qu’il faut garder des bâtiments bas, nous avons un nombre très important de bâtiments à rez-de-chaussée +3 étages avec un grand plateau jardin généralisé à cette hauteur de 12 à 14 m du sol et cette horizontale est le contrepoids d’éléments plus hauts. Ces éléments plus hauts seront des bâtiments de 7 étages environ qu’on appelle des émergences qui vont sortir de ce paysage à R+3 et ensuite 2 bâtiments de 60 m qui vont constituer un élément d’identité de ce nouveau quartier, en réponse à Belval, c’est une situation physique, c’est comme ça que ça se passe, mais surtout en réponse à une façon d’organiser la densité. Je pense que par rapport au quartier qui se trouve autour, toutes les précautions sont prises pour qu’il n’y ait aucune nuisance physique, visuelle, en termes d’ombre, en termes d’ensoleillement, etc. On est à des distances qui sont très longues. Nous notre travail, c’est de composer un projet du futur et ce projet du futur, je pense que la hauteur quand elle est traitée de façon ponctuelle et toujours en relation avec une strate horizontale basse, est quelque chose qui fait partie du projet urbain. Je pense que ce n’est pas du tout pour nous une démarche de promoteur ente guillemets, ça n’a rien à voir avec la notion de densification, la densité elle est fixée et on a plusieurs façons de la traiter, ça a vraiment à voir avec l’identité de ces différents quartiers et de cet arc urbain qui est en train de se constituer autour de Esch.”    

Comment diversifier l’écriture architecturale dans ce nouveau quartier ? Y aurait-il des concours d’architecture ?

Réponse de Sandra HUBERIKO Real Estate

“On a le souhait d’avoir une certaine diversité architecturale. L’un des fondamentaux du projet, c’était que ce soit un projet eschois, qu’on ne soit pas dans une opération d’aménagement comme on peut en retrouver partout en Europe, où elles se ressemblent toutes, et donc c’est vrai qu’il y a un gros travail qui a été fait déjà sur l’espace public, sur l’allée de la culture industrielle pour accompagner ensuite les projets architecturaux. Pour les projets architecturaux, il va y avoir effectivement une démarche sur certains lots particuliers, une démarche de concours de manière à pouvoir recueillir des architectes, assurer cette diversité, mais il va aussi y avoir en parallèle un travail de workshops organisés avec les différents architectes, à la fois pour promouvoir cette diversité, mais aussi pour avoir une cohérence dans l’ensemble de l’aménagement du projet et la mission qui est dévolue aux auteurs de projet aujourd’hui, Reichen Robert & Associés, PhytolabWW+Schroeder & Associés, elle va se poursuivre aussi par une mission d’accompagnement de ces projets architecturaux à la fois pour garantir le projet tel qu’il est présenté aujourd’hui et assurer cette diversité architecturale.”

Est-ce que vous comptez intégrer le quartier Parc dans votre projet en prévoyant par exemple une liaison piétonne (passerelle) sur l’ancienne ligne ferroviaire ?

Réponse de Sandra HUBERIKO Real Estate

“Un des objectifs de ce projet est de créer des connections. C’est un grand paquebot, mais demain l’objectif est d’amarrer le paquebot à ce qu’il y a autour et pour se faire il y a 2 passerelles que l’on projette. Une première passerelle provisoire qui va aller vers le quartier Hiel, le temps que l’on procède à l’aménagement du BHNS, le temps qu’on puisse créer cette perméabilité entre les quartiers. Puis il y a une seconde passerelle que l’on espère un jour voir aboutir vers le parc des étangs, qui se trouve juste en face de Rout Lëns. On est sur une surface qui est équivalente au projet en tant que tel et quelque part pour nous le parc il existe déjà. Il y a déjà ces étangs, il y a une végétation qui a pris jour à cet endroit et qui est très très importante et donc de la même manière dont nous avons anticipé certaines choses au plan de la mobilité, on a un Masterplan qui est résilient, flexible, adaptatif, de la même manière, on anticipe un certain nombre de développements autour du site, qu’on espère un jour voir aboutir.”

Vous avez présenté le Masterplan végétal cependant, les images contrastent et montrent un quartier tout de même très minéral. Pensez-vous végétaliser verticalement avec davantage d’arbres afin de réduire la chaleur l’été ?

Réponse de Loïc MareschalPhytolab

“C’est vrai qu’un certain nombre d’images du projet montrent surtout du patrimoine architectural réhabilité, et puis de nouvelles constructions de façon à bien montrer la volumétrie et les dispositifs urbains du projet. Ce n’est pas le cas de toutes les images, d’ailleurs, il y en a certaines qui figurent sur la place centrale, sur les cœurs d’îlots, montrant l’ambiance finalement assez végétale du quartier. Sur les 11 ha de Rout Lëns, on va avoir à terme, 3,5 ha d’espaces verts, donc c’est environ 1/3 quand même du futur quartier qui est consacré à du sol vivant, et donc ça, c’est une dimension qui est assez importante, que l’on voit peut-être mieux en plan qu’en image. On a ensuite un travail sur la végétation qui s’organise autour de 4 composantes, Bernard Reichen en parlait un peu, mais je voudrais les repréciser. La première composante et qui est sans doute la plus importante est celle du sol, avec une idée qui est d’introduire une ambiance forestière dans de nombreux endroits du quartier avec des essences locales principalement et des arbres qui seront plantés assez grands. On va varier les dimensions de plantations de façon à ce qu’on n’attende pas 15 ou 20 ans avant d’avoir une ambiance végétale forte. La deuxième composante est plutôt située à 14 mètres de hauteur sur les R+3, où l’a, on a des terrasses végétalisées qui pour certaines seront des jardins de logements ou d’appartements et qui vont recevoir une végétation de plus petite hauteur plutôt tournée autour de la fructicée, c’est-à-dire des arbustes hauts et bas ou des states pré-forestier qu’on voit beaucoup dans les massifs d’Ellergronn. La troisième composante nous parait aussi très importante. Elle se situe sur le sommet des bâtiments où là, on va reproduire des pelouses sèches sur sol calcaire ou sur terre rouge de façon à pouvoir accueillir toute cette végétation de sol très mince qui a fait des caractéristiques des friches industrielles tout leur intérêt de relocalisation végétale. Et enfin la quatrième composante, c’est celle plus tournée vers la culture et le futur et l’expérimentation. C’est-à-dire d’essayer de travailler notamment autour des bâtiments patrimoniaux, une végétation plus exotique, plus de collections botaniques, de façon à faire de ce site un peu un laboratoire des futures essences végétales qui seront amenées à se développer dans la région en raison du réchauffement climatique. C’est un enjeu très fort, mais les températures augmentent énormément, du coup la nécessité de planter est très forte pour essayer de réduire la température en ville et on va être amenés à réfléchir sur la palette végétale du futur. Le hêtre va probablement disparaître de nombreuses régions et ce sont quand même des choses très importantes et on doit inviter les dizaines d’années à venir du point de vue de la végétation et de ses compositions.”     

Que signifie associer le public à un projet tel que celui de la Lentille Rouge ?

Réponse d’Antoine Crahay, Citytools

“Associer le public, c’est en partie ce que l’on fait aujourd’hui. Très pragmatiquement, c’est ne fut-ce qu’informer, c’est la première des démarches. Sur le projet Rout Lëns, l’information est disponible en continu sur le site www.routlens.lu, et vous avez vraiment toute l’information qui est transmise dès les phases très en amont, c’est-à-dire que ce site a été mis en place il y a plus d’1 an. Mais l’information, ce n’est que le 1er niveau. Avec le projet Rout Lëns, il y a aussi une ambition d’associer les gens à la démarche du projet de manière plus importante. C’est pour ça qu’en 2019 comme le rappelait Sandra, on a pu réaliser une série d’ateliers citoyens sur le projet. À ce stade-là, on n’avait pas encore toutes les belles images et tous les plans qu’on a aujourd’hui grâce à Monsieur Reichen, on était vraiment sur les prémices du projet, donc pour nous c’était très important de pouvoir associer toute la population d’Esch à la réflexion sur les intentions du projet. Donc ces ateliers ont permis de collecter énormément d’informations sur les attentes de la population eschoise par rapport à ce projet et toute cette information a été retranscrite dans un rapport qui est disponible sur le site internet et finalement, c’est ce rapport de participation citoyenne qui a été donné à l’équipe de Monsieur Reichen et sur base duquel le projet qui vous est présenté aujourd’hui est construit. Ce projet, c’est évidemment un masterplan à ce stade-ci et donc ce n’est qu’une étape dans un processus et le processus est encore long.”

Quand est-ce qu’un plan général va finalement être mis à disposition du public ? Et il y a aussi une maquette dont on pourrait parler.

Réponse de Sandra HUBER, IKO Real Estate

“Effectivement, nous avons aujourd’hui ce Masterplan qui sera évidemment diffusé par le biais de notre site internet. Il y a une maquette du projet qui a été réalisée. Comme je l’ai expliqué précédemment dans le phasage de l’opération, donc on va déposer ce qu’on appelle un PAP (plan d’aménagement particulier d’ici la fin de l’année, et ce PAP sera évidemment soumis à enquête publique et donc mis à disposition de la population. En début d’année prochaine, il y aura une exposition consacrée au projet avec des panneaux d’explication et cette maquette qui sera disponible.”

Qui est la personne responsable qui a décidé de la conservation et/ou de la démolition des bâtiments industriels existants ? Et quelle compétence/formation a cette personne ?

Réponse de Sandra HUBERIKO Real Estate

“Un premier élément : quelles étaient nos obligations ? Lorsqu’on est arrivés sur ce site, il y avait une procédure de classement en cours qui concernait uniquement le magasin TT. Il y a eu le souhait d’IKO, en partenariat avec le ministère de la Culture, le SSMN, la Ville d’Esch d’aller plus loin dans cette démarche et de conserver d’autres bâtiments : le hall des turbines, le hall des soufflantes, le poste d’aiguillage, le mur de la rue d’Audun qui sera également conservé et réhabilité. À la suite des ateliers de concertation qui se sont déroulés en mai 2019, on a ajouté à cette collection d’architecture, la partie des portiques de la Möllerei. Ensuite, il y a tout un travail aujourd’hui qui est engagé avec ces mêmes autorités, il y a des experts qui sont désignés qui sont des spécialistes de l’architecture industrielle, qui nous accompagnent et nous aident dans la réhabilitation de ces bâtiments.”